La DGSI perquisitionne et place en garde à vue une journaliste de Disclose qui avait enquêté sur l’aide militaire française à l’Égypte

La journaliste Ariane Lavrilleux, qui a révélé avec le média Disclose le possible détournement égyptien d’une opération de renseignement français, a été perquisitionnée et placée en garde à vue par la DGSI le 19 septembre 2023. Cette affaire pose la question du respect du secret de la Défense nationale, mais aussi de la protection de la liberté d’informer et du secret des sources des journalistes.

1
111
Drapeau de la France.
Photographie : Unsplash.

Une enquête sur l’opération Sirli qui dérange au plus haut niveau

Le 19 septembre 2023, le domicile de la journaliste Ariane Lavrilleux, du média d’investigation Disclose, a été perquisitionné par des agents de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). La journaliste a été placée en garde à vue dans le cadre d’une enquête pour compromission du secret de la défense nationale et révélation d’information pouvant conduire à identifier un agent protégé. Cette opération judiciaire fait suite à une série d’enquêtes publiées par Disclose en novembre 2021, sous le titre “Les mémos de la terreur”.

L’armée directement visée par l’enquête de Disclose

Ces enquêtes révélaient que l’État égyptien avait détourné une opération de renseignement française, baptisée Sirli, pour bombarder des civils dans le nord du Sinaï, entre 2016 et 2018. Disclose avait obtenu des centaines de documents “confidentiel-défense” qui attesteraient de la complicité de l’État français dans ces crimes de guerre. Les articles détaillaient notamment le rôle des avions de combat Rafale, vendus par la France à l’Égypte, dans ces frappes meurtrières.

Ces révélations ont provoqué un tollé dans l’opinion publique et ont embarrassé le gouvernement français, qui a toujours affiché son soutien au régime autoritaire du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Elles ont également mis en lumière les failles du contrôle parlementaire sur les exportations d’armes françaises et les opérations extérieures des forces armées.

L’enquête menée par la DGSI vise donc à identifier les sources ayant permis à Disclose de lever le voile sur ce scandale. Le secret des sources des journalistes est pourtant protégé par la loi et par la jurisprudence européenne. Disclose et sa journaliste dénoncent une intimidation inadmissible visant à entraver leur travail d’information du public. Dans un article Disclose de 2021, expliquait longuement les raisons de cette divulgation de documents « secret-défense ».

Une atteinte grave au secret des sources

La garde à vue et la perquisition de la journaliste Ariane Lavrilleux ont suscité une vague d’indignation dans le monde des médias et des défenseurs des droits humains. Ils y voient une violation du secret des sources des journalistes, qui est pourtant un principe fondamental de la liberté de la presse et du droit à l’information.

Le secret des sources permet aux journalistes de protéger l’identité de leurs informateurs, qui leur transmettent des informations d’intérêt public au risque de subir des représailles. Il garantit ainsi le pluralisme, l’indépendance et la crédibilité de l’information. Il est reconnu par la loi française et par la Cour européenne des droits de l’homme.

Or, en perquisitionnant le domicile d’Ariane Lavrilleux et en la plaçant en garde à vue, les autorités judiciaires cherchent à identifier les sources ayant permis à Disclose de révéler le scandale des bombardements égyptiens avec la complicité de la France. Il s’agit d’une ingérence disproportionnée et injustifiée dans l’exercice du journalisme d’investigation.

« Je suis effarée et inquiète de l’escalade dans les atteintes à la liberté d’informer, et des mesures coercitives prises contre la journaliste de Disclose », a réagi Me Virginie Marquet, avocate d’Ariane Lavrilleux et du média d’investigation. « Cette perquisition risque de porter gravement atteinte au secret des sources de journalistes, dont je peux légitimement craindre qu’il a été totalement bafoué depuis ce matin. Disclose protégera sa journaliste qui n’a fait que révéler des informations d’intérêt public », a-t-elle ajouté.

La journaliste Ariane Lavrilleux. Crédit photo : DR

De son côté, Disclose a dénoncé un « épisode d’intimidation inadmissible à l’égard des journalistes » et a affirmé qu’il ne céderait pas aux pressions. « Nous continuerons à enquêter sur les sujets qui dérangent le pouvoir, en toute indépendance et dans le respect du droit », a déclaré le média dans un communiqué.

Des collectifs de journalistes se mobilisent

Face à la répression subie par la journaliste Ariane Lavrilleux et le média Disclose, des collectifs de journalistes ont exprimé leur solidarité et leur soutien. Ils ont dénoncé une tentative de museler le journalisme d’investigation et de dissuader les lanceurs d’alerte.

Parmi eux, le collectif Informer n’est pas un délit (INED), qui regroupe plus de 200 journalistes et qui milite pour la protection du secret des sources et la liberté d’informer. Dans un communiqué, il a appelé à la libération immédiate de la journaliste et à l’abandon des poursuites contre elle et Disclose.

Le collectif Youpress, qui rassemble des journalistes indépendants spécialisés dans les enquêtes internationales, a également exprimé sa solidarité avec Ariane Lavrilleux, qu’il considère comme l’une des siennes. Il a salué son courage et son professionnalisme, et a demandé aux autorités de respecter le droit fondamental à l’information.

Enfin, le collectif Reporters sans frontières (RSF), qui défend la liberté de la presse dans le monde, a condamné une « atteinte inacceptable au secret des sources » et une « entrave à l’exercice du journalisme ». Il a rappelé que la France était classée 34e sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse 2023, et qu’elle devait faire des efforts pour garantir le respect du travail des journalistes.

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici